Les élections professionnelles toutes proches nous font assister à des phénomènes paranormaux qui seraient cocasses s’ils n’étaient pas navrants.
Dans un monde idéal, on pourrait supposer que les organisations syndicales ont pour vocation universelle de défendre la veuve et l’orphelin, les faibles contre les forts, les démunis contre les richissimes. Et de réfuter avec un bel ensemble la mondialisation, la compétitivité féroce, les macro économies qui laminent les petites entreprises et leurs salariés.

Or, à y regarder de plus près, on s’aperçoit avec surprise que les comportements de beaucoup d’organisations syndicales n’ont rien à envier à celui des puissantes sociétés multinationales contre lesquelles elles sont censées lutter. Pour ces organisations, la tendance actuelle consiste à conquérir de nouvelles parts de marché, à transférer des fonds d’adhérents, à rechercher les niches de consommateurs de syndicalisme potentiels, à se lancer dans des opérations de fusion-acquisition, voire dans de véritables OPA sur les sympathisants d’organisations rivales ou potentiellement dangereuses.
Le microcosme des OS, à mesure que la date des élections avance, devient un véritable bassin de requins où on s’écharpe à belles dents. Tous les coups bas sont permis, et au fil des tracts, les noms d’oiseaux fusent. Les amis d’hier deviennent des adversaires à abattre, et vice-versa. Les organisations minoritaires sont menacées de destruction, de faillite, d’absorption : c’est tout le sens des Accords de Bercy, signés avec un bel élan par plusieurs organisations majoritaires.
On chercherait en vain dans cette arène sanglante une once de la solidarité qui devrait pourtant être la base de toute action syndicale.
Ce paradoxe n’est pas nouveau, mais prend une acuité toute particulière dans ce contexte du « dialogue social rénové » par ces fameux Accords de Bercy.
Pour la CFTC, qui défend l’intégration des minorités dans le paysage social, et estime que la richesse du dialogue social tient justement à la pluralité des sensibilités qui s’y expriment, il n’est nullement nécessaire, pour être légitime et utile syndicalement, de vouloir dégommer à tout prix le petit camarade d’en face.
Dans ce contexte, nous vous souhaitons, à tous, de très agréables élections.
CFTC-Douanes : sur un autre ton.