Décembre 2010

Vous avez dit malaise ?


La grande question qui aurait dû être posée à la suite des différentes manifestations contre la réforme des retraites est étrangement restée dans l'ombre : pourquoi les grèves ont-elles été suivies dans la durée par autant de personnes, alors qu'il semblait évident que la réforme irait à son terme?

De nombreuses pistes peuvent être explorées, en voici quelques-unes.

Les salariés ne veulent plus être gouvernés de cette manière : caricature de dialogue social sur un sujet sensible. Ils souhaitent être associés à l'élaboration d’une réforme. L’acceptation obligatoire, ex nihilo, hérisse et cabre l’homme qui veut être écouté.

Il flotte aussi comme un sentiment d'humiliation dû aux inégalités sociales toujours plus criantes, exacerbé par le cynisme de certains et des affaires de gros sous à rebondissements.

Nous vivons dans une société où le temps libre devient un refuge : nous sommes entrés dans l'ère des loisirs. Les salariés ne désirent surtout pas travailler plus longtemps. Ils aspirent au temps libre offert par la retraite : enfin profiter de la vie ! L'arrêt du travail est vécu alors comme une libération.

Il n'y a pas si longtemps, le travail était considéré comme une valeur centrale dans la vie d'un individu – socialisation, solidarité, fierté d'appartenance à un corps – comme les choses ont changé ! Aujourd'hui c'est : toujours plus de résultats avec moins de moyens, et les maîtres mots sont : cadences, performances et compétitivité.

La mondialisation bouleverse les repères que nous procurait notre activité ; là encore, il y a des mots qui font mal : compression, suppression, délocalisation ... Les salariés ont peur de l'avenir, de leur avenir. L'espoir d'un temps professionnel meilleur n'existe plus.

Les gens vont alors manifester pour retrouver leur dignité, crier leur colère de ne pas être écoutés, exprimer leur désarroi d'un monde qu'ils ne comprennent plus.

La réforme des retraites n'a été finalement que le catalyseur de toutes ces frustrations non exprimées, de cette inquiétude latente, de cette sourde angoisse qui ne s'apaise pas.

Les grévistes - et la grande majorité de la population qui les a soutenus – aspirent à vivre debout, fièrement, au sein d'un système socio-économique qui les sécurise. Il leur manque l’essentiel : du rêve.

C'est un appel au secours.

Espérons qu'il soit entendu.

CFTC-Douanes : sur un autre ton.